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Etre une cheffe de projet recherche clinique en thérapie génique, à quoi cela ressemble?

Je m’appelle Imane Agouti, je suis titulaire d’un doctorat es Science en biologie moléculaire et génétique médicale et j’occupe depuis plus de 10ans un poste de cheffe de projet recherche clinique au sein de l’hôpital de la Timone à Marseille. Je vais vous présenter mon parcours et mon quotidien !


Comment en êtes-vous venue à travailler sur les thérapies géniques ?


Mon sujet de thèse portait sur l’analyse des bases moléculaires de la bêta-thalassémie, autrement dit le diagnostic des mutations responsables de cette maladie génétique qui touche la production de l’hémoglobine.

Après ma thèse j’ai été recrutée par le centre de référence maladie rare thalassémie à l’hôpital de la Timone à Marseille. Ma mission principale consiste à gérer les projets de recherche clinique notamment médicamenteux dans le domaine de la thalassémie. C’est dans ce cadre que j’ai pu participer à la mise en place des premiers essais de thérapie innovante sur la thalassémie depuis 2008 y compris les essais de thérapie génique depuis 2016.


Cela a-t-il été compliqué de mettre en place un essai clinique de thérapie génique ?


Les médicaments de thérapie génique font partie d’une classe particulière de médicaments appelée médicaments de thérapie innovante (MTI). En effet, il s’agit de médicaments biologiques permettant de modifier le matériel génétique pour soigner une maladie. Des vecteurs viraux sont utilisés pour acheminer le traitement dans la cellule. Ils sont associés à des risques importants.

En effet, Les débuts de la thérapie génique ont été marqués par quelques accidents liés à l’utilisation de vecteurs viraux : des réactions inflammatoires incontrôlables ou des cancers liés à l’intégration du gène thérapeutique à proximité d’oncogènes. Malgré le fait que ces accidents soeint très rares, ils ont incité les chercheurs à mieux comprendre le fonctionnement de ces vecteurs viraux et la façon dont ils intègrent leur ADN dans les chromosomes de l’hôte. De nouvelles générations de vecteurs sécurisés ont été mises au point. De plus ils s’appuient sur des techniques extrêmement récentes sur lesquelles nous avons peu de recul.

Pour toutes ces raisons, les médicaments de thérapie génique possèdent une règlementation spécifique. Cette réglementation s’appuie sur la réglementation générale des autres médicaments tout en apportant des spécificités importantes. Ce qui rend compliqué la mise en place et la conduite des essais de thérape génique.


D’un point de vu général, pour être autorisé en France, un essai clinique a besoin de l’autorisation de l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament) ainsi que de l’avis favorable du comité de protection des personnes (CPP). Pour les médicaments de thérapie génique, qualifiés d’OGM, en plus de l’autorisation de l’ANSM et de l’avis favorable du CPP, deux avis du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) sont requis :

- l'avis de classement du produit de thérapie génique et mesure de confinement à mettre en œuvre pour sa manipulation. L’avis de classement de l’OGM vise à estimer le niveau de dangerosité de l’OGM, objet de la recherche.

Ce premier avis doit précéder la demande d’autorisation de l’essai clinique, cet avis étant à joindre au dossier.

- L’agrément des sites impliqués dans l’essai clinique et durée des mesures de confinement à laquelle le patient devra être soumis après inoculation du produit de thérapie génique.

Ce deuxième est sollicité directement par l’ANSM lors de l’évaluation du dossier d’essai clinique.


Dans le cas d’un médicament de thérapie génique, le HCB va juger la dangerosité du médicament faisant l’objet de la recherche. Il va rendre des avis à l’ANSM quant à l’autorisation et aux conditions d’autorisation de l’essai clinique. Ces avis se basent sur une évaluation des risques potentiels environnementaux et sanitaires du produit et de l’essai.


L’ANSM se base sur le HCB dans le cas d’OGM. Mais qu’il s’agisse d’OGM ou non, l’ANSM réalise une évaluation interne concernant la sécurité des patients et l’évaluation scientifique du produit (notamment qualité et sécurité des produits utilisés au cours de la recherche, condition d’utilisation). Sur la base de cette évaluation et d’éventuellement des avis du HCB, l’ANSM autorise ou non l’essai clinique.


Dans le cas de médicaments MTI, l’ANSM dispose d’un délai de 90 jours suivant la réception du dossier complet pour autoriser ou non l’essai clinique. En cas de questions, ce délai peut être allongé de 90 jours supplémentaires soit un délai maximum de 180 jours.

Mais dans le cas de thérapie génique contenant des organismes génétiquement modifiés, l’ANSM dispose d’un délai de 120 jours pour se prononcer sur la demande.


Être un centre d’essai clinique TG permettra-t-il à un service de mettre en place un traitement par ces thérapies plus facilement ?

Pour être centre de thérapie génique, il faut obtenir l’autorisation des établissements ou organismes exerçant des activités portant sur les préparations de thérapie génique. Ces établissements doivent donc disposer :

- De locaux aménagés, agencés et entretenus conformément aux règles de bonnes pratiques selon le code de l'environnement ;

- De personnels dont la compétence et la qualification sont conformes à ces règles de bonnes pratiques

- De matériels conformes à ces règles de bonnes pratiques, permettant de garantir la qualité, la sécurité sanitaire et la traçabilité des préparations et de réduire autant que possible tout risque pour les patients et le personnel.


Le centre de TG doit avoir, soit sur site ou au moins avoir la possibilité de collaborer dans le cadre d’une convention, un :

- service spécialisé dans la greffe (pour l’infusion du traitement de TG) : accrédité JACIE (accréditation spécifique dans le domaine de la greffe)

- laboratoire de thérapie cellulaire (réaliser la cytaphérèse, manipulation et stockage des cellules souches hématopoïétiques) autorisé par l’ARS comme site d’aphérèse


Si le centre a déjà était autorisé en tant que centre d’essai clinique thérapie génique, la majorité de ces autorisations seront déjà obtenues donc la démarche est moins laborieuse.


A qui ressemble votre quotidien de chercheuse en Therapie genique ?

En tant que chef de projet recherche clinique je gère au quotidien l’ensemble des projets de recherche clinique dans mon centre notamment ceux de thérapie génique en collaboration avec les médecins, les infermiers, les patients mais aussi les industriels. Le quotidien est rythmé par la gestion des questions réglementaires (suivi des differentes autorisations…), de la logistique des études (date des visites des patients, les differents examens à réalisés…), des questions administratives (relations avec la direction de la recherche de l’hôpital) ainsi que par de nombreuses réunions avec l’équipe pluridisciplinaire.


Quels sont les projets de votre labo ?


Nous nous intéressons actuellement à la technique de l’édition génétique par « CRISPR-Cas9 » dans la thalassémie et la drépanocytose. Je ne pourrais pas dire plus 

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